Interview : de son enfance à sa vie professionnelle Bertrand Traoré ouvre son cœur

 

Bertrand Traoré débarque dans la salle de presse Groupama OL Training Center légèrement en retard. Aussi poli que souriant, il s’excuse immédiatement. Pour autant, l’heure n’est pas encore à l’interview. Direction le réfectoire pour reprendre des forces après une séance éreintante. Une demi-heure plus tard, la recrue star de l’Olympique Lyonnais se confie comme jamais et déclare sa flamme à sa maman à laquelle il doit tout.

Enfance

À quel moment as-tu pris conscience que tu pouvais devenir professionnel ?

J’ai toujours rêvé de devenir professionnel. Les choses se sont faites naturellement. Je me rappelle, à 14 ans, l’équipe nationale a envoyé des dirigeants pour parler avec ma mère à Bobo-Dioulasso, ma ville natale. Ils me voulaient à l’essai pour intégrer la sélection U17. Moi, je n’avais que 14 ans, j’étais un peu choqué. Au début, j’ai dit : « Non, je ne pars pas, je suis encore jeune, je suis petit. ». L’un des coachs à l’époque, Dramane Traoré, qui était adjoint, a dit à ma mère : « Non, il va partir, je sais qu’il peut jouer, même s’il est jeune, il peut jouer avec les plus grands. ». Et c’est là qu’elle m’a dit : « Il faut y aller mon fils. ».

Est-ce que tu as des anecdotes sur ta jeunesse ?

Il y en a tellement… Quand j’ai débarqué à Auxerre, c’était au mois d’octobre. Je me souviens qu’un jour de décembre, je me suis réveillé pour aller à l’entraînement et il neigeait. J’ai dit à Alain que j’allais me rendormir et lui m’a dit que je devais aller à l’entraînement. C’était impossible de s’entraîner avec un temps pareil. Lui m’a dit : « Tu dois t’entraîner, qu’il pleuve, qu’il neige, tu n’as pas le choix. ». Cette période m’a beaucoup marqué. À la fin de la séance, je ne traînais pas, je filais direct sous la douche (rires). Ça, c’est des choses à ne pas faire. Normalement, tu dois attendre un peu, laisser le corps se décongeler un peu.

Lyon

Le PSG va être dur à aller chercher cette saison, non ?

Lorsque j’étais aux Pays-Bas ou en Angleterre, le PSG était déjà dur à jouer. Depuis quatre ou cinq ans, ce club se développe bien. Mais voilà, on ne perd pas un match à l’avance et on ne gagne pas un match à l’avance. Tout se joue sur le terrain. Tu peux être très fort sur le papier et ne rien faire sur le terrain. Mais là, oui, on sait que le PSG a une très grosse équipe cette année. Ça ne va pas être facile. Nous, on va travailler pour contrer tous les grands cette année.

Comment trouves-tu l’ambiance du Parc OL ?

Il y a une belle ambiance au stade. Mais la meilleure, c’était l’an dernier. Quand je suis venu jouer les demi-finales d’Europa League. C’était incroyable. J’ai été impressionné par l’atmosphère de ce stade. L’ambiance était terrible.

Si tu veux revivre une très grosse ambiance, il faut que tu mènes l’équipe en demi-finale d’Europa League…

(Rires). Il faut, il faut, il faut. On va travailler pour cela, j’espère qu’on va aller loin.

Tu as pris l’habitude de jouer en Europe. Ce n’est pas trop dur de revenir évoluer en Afrique ?

Ça dépend, ça dépend (il coupe). Plus de la moitié de notre équipe évolue maintenant en Europe. On se comprend, on a l’habitude. Oui, il y a des terrains qui sont souvent difficiles, c’est vrai. Mais on ne va pas se plaindre quand même. Je suis né en Afrique, j’ai grandi là-bas… Ce n’est pas parce que je joue désormais en Europe sur des meilleures pelouses que je vais commencer à la ramener ou faire le malin lorsque je reviens en Afrique. À chaque fois que je retourne en Afrique, j’essaie de m’adapter le plus vite possible.

Penses-tu que le joueur africain est sous-coté ?

Franchement, je ne sais pas, je ne regarde pas tout ça, le prix des transferts, etc. Le football est quelque chose qui se passe sur le terrain. Si tu es bon sur le terrain tous les jours, même si les gens ne veulent pas parler de toi, ils seront obligés de le faire.

 

Personnalité

Tu as longtemps été considéré comme un surdoué. Pas trop dure à porter cette étiquette ?

C’est dur ! À chaque fois, on me posait la question, t’es un espoir, etc… Moi, je me disais, ça fait un moment que je suis espoir, ce n’est pas bon ça (rires). J’en avais marre, c’est un costume dur à porter. Quand on place beaucoup d’attentes en toi, il faut prouver. Surtout quand, à 18 ans, tu dois déjà te montrer dans un grand club professionnel. C’est une pression supplémentaire.

Ton frère était aussi présenté comme un grand espoir et finalement, il n’a pas réussi la carrière qu’on lui prédisait. Est-ce que ça t’a mis en garde ?

La carrière d’Alain m’a mis davantage de pression. Car, les gens disaient : « C’est le petit frère d’Alain, c’est le petit frère d’Alain. ». Alain a fait une bonne carrière. Il aurait pu faire beaucoup mieux. Mais ses nombreuses blessures l’ont handicapé. C’est dommage, il aurait pu faire une carrière énorme. Moi, je crois en Dieu, je suis un catholique. Tout ce que Dieu fait est bon. Je vais faire le travail et Dieu va me guider.

Avenir

Il y a des clubs qui te font rêver ?

Il y en a un, c’est le Real Madrid. C’est mon équipe préférée, le club que j’ai toujours supporté depuis tout petit.

Tu veux suivre les pas de Mahamadou Diarra et de Karim Benzema, passés de Lyon au Real…

C’est mon club préféré, après suivre les pas de quelqu’un, je ne sais pas (rires).

Tu n’aimes pas te comparer aux autres ?

Non, je n’aime pas. Je ne sais pas pourquoi, je suis comme ça, je n’aime pas me comparer aux autres. J’ai des exemples, des joueurs que j’admire beaucoup et qui ont fait des carrières exceptionnelles. Je peux citer Drogba qui est un exemple pour tout jeune attaquant.