L’art, une réponse au chômage des jeunes

Bobo-Dioulasso

J’ai été bluffé de découvrir l’immense potentiel artistique que regorge les Haut-Bassins à travers les Vacances artistiques professionnelles pour ados et jeunes. Bobo-Dioulasso est une mine d’or culturelle et économique qui ne fait pas l’objet d’exploitation suffisante et conséquente, à mon avis. Cette ville richement culturelle du Burkina Faso enregistre davantage des sans-emplois malgré les politiques d’entreprenariat des jeunes entreprises. Quel paradoxe !

Nos politiques, s’ils étaient vraiment et consciencieusement préoccupés à résoudre le problème du chômage de la jeunesse notamment dans la ville de Sya, ils auraient pu, avec ma ferme conviction, sortir les populations de ce rétropédalage paupériste. Le krach économique qui sévit le pays est la conséquence directe des principes, outils et politiques économiques inadaptés aux ressources disponibles.

L’art peut être une réponse au manque d’emploi. Ainsi une étude sociologique axée sur la corrélation entre l’occupation de la jeunesse et l’art : cas de la ville de Bobo-Dioulasso, par exemple, dévoilerait bien les opportunités réelles. Les résultats d’une telle recherche pourraient servir d’orientation dans l’élaboration d’une politique culturelle artistique adéquate.

De la musique dans les grains de thé

Durant mon court séjour, je n’ai pu m’empêcher de parcourir quelques grains de jeunes. Il y’a une main d’œuvre artistique hautement qualifiée dans cette ville.

Dans chaque QG où j’ai été conduit, peut-être par pure coïncidence, les échanges autour du thé ou du dolo sont rythmés par le n’goni, la kora, le balafon ou le djembé. Il ne s’agit pas de répétitions musicales, il s’agit plutôt des aires normales de causerie comme dans les grains à Ouagadougou. Seulement qu’ici, ça cause et ça joue de la musique tout naturellement.
Il m’a tout l’air que la plupart des jeunes natifs de Bobo-Dioulasso, chantent, dansent ou jouent au moins un instrument de musique. C’est une culture, chez eux.

Certains m’ont confié que ces disciplines sont comme partie intégrante dans le processus de socialisation des uns. Même s’il faut relativiser il y a lieu de considérer ces préjugés, ce sur quoi peut se fonder une étude scientifique pour rendre compte d’une situation. Croyez-moi, Bobo-Dioulasso pullule de la main d’œuvre artistique abondante (musique, chant, danse, etc.).

Un secteur culturel non structuré

La plupart des jeunes exercent dans le noir, comme jouer dans les djandjoba, les djam session, les maquis, etc. Certains, par chance ont été embarqués dans des projets, ont fait le tour de l’Europe et une fois, revenu au bercail replongent dans la même routine. Parce que le système ne les a jamais encouragés à entreprendre culturellement.

L’administration publique ne donne pas de suite aux projets soumis, les entreprises, réfractaires, sont pratiquement même inexistantes dans les sponsorings, les mécènes encouragent avec des miettes, etc. Cet état de fait amène celui qui cherche à entreprendre, à se retrouver en fin de compte délaissé et tout seul face à ses charges, soucis et angoisses.

Le cas du chorégraphe Issa Sanou

C’est le cas du jeune international chorégraphe bobolais Issa Sanou qui a initié les VAPAJ en quatre éditions successives. Pour l’avoir écouté, observé et participé aux activités de la présente édition, j’ai été abasourdi de constater comment il faisait des pieds et des mains pour permettre à des jeunes bobolais de se former en danse, chant, musique, acrobatie, théâtre afin d’intégrer des projets de création …

Malgré les coups durs de réalisation de son projet, il a réussi le pari en livrant une cérémonie d’ouverture étincelante très applaudie. Mais le public qui a effectué le déplacement à la Maison de la Culture Mgr Anselm Titianma Sanon ne s’est pas rendu compte du parcours de combattant sur fond de décadence. Issa est un cas parmi tant d’autres qui ne demandent juste que de l’estime et de l’accompagnement pour réussir où la politique d’emploi des jeunes du Gouvernement a échoué.

Malick SAAGA