Terrorisme : impact économique dans la bande sahélo-saharienne

Depuis quelques années, les pays de la zone sahélo-saharienne est soumis à des attaques terroristes. Ces attaques ont connu une véritable recrudescence virulente ces dernières années avec la déflagration de la Libye. Du Tchad au Nigeria, en passant par la Mauritanie, le Mali, le Niger avec Boko Haram, AQMI, Ansar Dine, le MUJAO et MNLA et le Burkina Faso avec Ansaroul Islam, les Groupes Armés Terroristes (GAT) sévissent. Dès lors, les groupes terroristes basés sur une idéologie islamique radicale salafiste et des revendications politico-religieuses (scission des Etats et établissement de la Charia) opèrent en maitre dans les pays qui constituent le G5 Sahel à savoir le Tchad, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et la Mauritanie. C’est peu de dire que cette situation mine le développement économique de ces pays. Zoom sur l’impact économique du terrorisme dans les pays du G5 Sahel.

Les pays du G5 Sahel soumis à l’hydre terroriste ont un dénominateur commun, outre le problème sécuritaire, l’économie de l’ensemble de ces pays a pris un coup. Il est bien connu que sans paix point de développement, alors quelle est la structure économique de ces pays avec ce nouveau paradigme dicté par le terrorisme ?

Epargné depuis 2011 par l’hydre terroriste, la Mauritanie, n’est pas pour autant dispensée des effets néfastes du terrorisme. Il faut noter que le pays a été longtemps vu comme le trait d’union entre l’Afrique du Nord et l’Afrique au sud du Sahara c’est-à-dire l’Afrique de l’Ouest. Malheureusement, c’est à travers ce trait d’union qu’est passé le terrorisme de l’Afrique du Nord vers l’Afrique de l’Ouest, vers le Sahel indique Moussa Hamid conseiller analyste chercheur au centre Cecates.

La première attaque terroriste que la république islamique de la Mauritanie révèle-t-il, date du 4 juin 2005 avec l’attaque d’une garnison à la frontière du Mali par une brigade du  groupe salafiste pour la prédication et le combat, GSPC conduit par son chef à l’époque, Moctar Bel Moctar. Une attaque qui a fait 17 morts et 20 blessés parmi les militaires mauritaniens. C’était le malheureux baptême de feu du pays dans le cadre du terrorisme. Après une légère accalmie, ce malheureux baptême de feu se poursuivra en 2007, le 24 décembre précisément avec l’assassinat de 4 touristes français dans le Centre du pays. Ce qui va provoquer l’annulation pour toujours du Rallye Paris-Dakar. 3 jours plus tard, 3 militaires sont tués l’extrême nord du pays, non loin de la frontière avec le Mali. En 2008, un autre massacre, 11 militaires mauritaniens sont égorgés pendant le mois de ramadan au Nord du pays selon notre expert. Ensuite, c’est le rapt de touristes espagnoles, et de touristes italiens. Cela a continué jusqu’en septembre 2011 avec le kidnapping d’un gendarme mauritanien. Le gendarme a eu la sauve suite à un échange. Depuis lors, il n’y a plus eu d’acte terroriste sur le sol mauritanien. 

Sur le plan économique, le tourisme a pris un coup et la délocalisation du rallye Paris- Dakar n’a pas été pour arranger les choses. La position de zone rouge dans la cartographie occidentale affecte énormément le climat des affaires. Toutefois, l’économie dans ce pays n’est pourtant pas aussi en berne comme celle des quatre autres pays du G5 Sahel.

Pour le Mali pays frontalier avec la Mauritanie, le terrorisme et l’extrémisme violent semble être le quotidien des populations depuis une dizaine d’années. La dernière attaque en date est celle de la matinée du lundi 13 mai 2019 avec l’attaque d’un village qui fait au moins 12 morts à 350 km de Bamako, la capitale. Mais, il faut savoir que la première rébellion au Mali date de 1962 avec le premier président Modibo Kéita. A l’époque le président a apporté une réponse militaire à la crise. « Cela s’est tassée jusqu’aux années 1989 et 1990. A la suite de cela il y a eu les accords des Tamanracheks en 1991, le pacte national en 1992, les accords de Gourènes aussi en 1995, la flamme de la Paix à Tombouctou en 1996. Il y a aussi un premier accord d’Alger en 2010 et tout récemment en 2015 », explique Dr Boubacar Traoré, chercheur au Groupe de recherche en économie appliquée et théorie au Mali.  Le summum est atteint avec les massacres d’Olossagou qui a occasionné la mort d’environ 170 personnes. Du Nord, le terrorisme s’est propagé au Centre. 

A partir de 2015, de nouveaux acteurs se sont joints à l’insécurité. Au départ, une rébellion assimilée à quelques groupes dont le GSPC, Boko Haram cela va évoluer par la suite, où de milices d’autodéfense font fait. Au nombre d’eux, les Dozo, les milices peules et plein de groupuscules qui se sont réunis pour s’auto-défendre », explique Dr Boubacar Traoré. Récemment, jusqu’à 42 groupes d’auto-défendre ont été dénombrés au Mali. 

« Sur le plan macroéconomique il y a eu récession du PIB malien à partir de 2012 avec un taux de croissance de -0.4% alors qu’en 2011 déjà le pays atteignait presque les 3% de taux de croissance » explique Dr Boubacar Traoré. Cette récession s’explique par la diminution des activités du secteur secondaire et tertiaire. L’autre impact, c’est dans le domaine budgétaire entre 2011 et 2012, où il y a eu une diminution du budget de l’Etat de presque 30%. Cela, parce que les crises liées à l’insécurité dans le pays survenues en 2012 a fait que la plupart des bailleurs de fonds se sont retirés.  En 2011, les dépenses militaires représentaient le 5e poste. Elles sont passées du 5e au 1er poste en 2017 et représentaient 16% devant l’Education 11%.

Au Niger, l’histoire du terrorisme est connectée à celle du Mali. On retiendra que le pays a connu le terrorisme à partir de 2009 avec les attaques de Boko Haram dans la région de Difa, une région frontalière au lac Tchad et au Nigéria. 

Hamadou docteur en économie enseignant chercheur à l’Université de Tawa au Niger relate que les attaques ont réellement commencé après la guerre en Lybie et les évènements du Mali à partir de 2012. Les premières attaques, selon lui qui ont semé la psychose au sein de la population c’étaient les attaques simultanées d’un camp militaire à Agadès et de deux centrales de désinstallation minière d’Areva à Arly qui a fait des morts et beaucoup de dégâts matériels. Le phénomène a ensuite pris de l’ampleur à partir de 2015 avec Boko Haram dans la région de Difa ce qui fait qu’aujourd’hui, en termes de région les plus affectés, figure celle de Difa qui compte plus de 1 500 morts. Il y a aussi la région de Tillabéry qui est frontalier avec le Burkina Faso et le Mali. Cette situation va beaucoup plus toucher le budget de l’Etat et occasionner une réaffectation de la majeure partie du budget vers la défense au détriment des secteurs sociaux de bases comme l’éducation et la santé. Pour Dr Hamadou, certaines activités telles que la pêche et la production du poivron qui pouvait apporter à la région plus de 35 milliards de F CFA par an a ouvert la porte à l’enrôlement des jeunes dans le terrorisme. Il y a aussi d’autres secteurs tels que le tourisme et les BTP qui sont aussi impactés par le terrorisme.

Le Burkina Faso, pays situé au cœur de l’Afrique de l’Ouest fait frontière avec le Mali et le Niger. Pendant longtemps, le pays est resté jusqu’en 2015 à l’abri. « Jusqu’à ce qu’il y ait l’enlèvement d’un Roumain le 4 avril 2015 » confie Rasablga Ouédraogo enseignant chercheur et docteur en économie et directeur de l’institut Free Afrik.

Jusque-là épargné par l’hydre terroriste, c’est le 13 janvier 2015 que le pays, notamment la capitale Ouagadougou découvrira la face hideuse du terrorisme et connaitra l’électrochoc avec les attaques sur l’avenue Kwamé Nkrumah. Cela va être accentué le 2 mars 2018 par l’attaque de l’état-major de l’armée. « A partir du 3e trimestre de 2018, il y a le front l’Est qui s’ouvre de façon intense et extrêmement grave pour les forces de l’ordre avec des explosions régulières des convois militaires » explique le chercheur. Au Burkina Faso, le terrorisme a un tout nouveau visage. Il se conjugue avec les conflits communautaires « qui semble être un champ investit par l’action terroriste qui est un piège tendu aux communautés burkinabè à savoir que les terroristes attaquent chefs de villages et les personnalités importantes en espérant que notre ignorance collective va organiser des représailles les groupes d’auto-défense et c’est ce qui entrainer le massacre de Yirgou en début d’année ». Le directeur de l’institut Free Afrik ira plus loin pour expliquer que les attaques récentes des fidèles de l’Eglise est une tentative de l’action terroriste visant à déchirer la cohésion sociale pour pouvoir mieux s’installer. Au Burkina Faso, ce ne sont plus des groupes qui viennent d’ailleurs forcement mais, il y a aussi des acteurs locaux avec Ansaroul islam qui est bien installé dans le Sahel. Sur le plan économique, des secteurs comme les BTP sont touchés parce que les entreprises n’arrivent pas à exécuter les marchés dans un certain nombre de localités du pays. Dans le secteur minier surtout dans le Nord et dans l’Est du pays ou l’impact est bien perceptible. La production dans les mines industrielles continues et il n’y a pas de baisse mais, par contre les activités de prospections sont en baisse.

Toute chose qui tende à indiquer que dans les années à venir il y aura forcément un impact sur la production. En outre, les mines font aussi face au phénomène du fait au surcout lié au renforcement de la sécurité pour parer à la menace. Les mines ont aussi du mal à mobiliser de la ressource humaine de qualité car les expatriés ne veulent plus venir. Dans le domaine du tourisme et de l’hôtellerie, sur un échantillon de 100 établissements, 93% de ces structures disent constater une baisse très considérable dans leur chiffre d’affaires depuis le démarrage des activités terroristes au Burkina Faso. Sur ces 93%, au moins 2/3 des enquêtés ont enregistrés une baisse d’au moins 25% de leur chiffre d’affaires et 1/3, c’est 50% ou plus de leur chiffre d’affaires qui a fondu. « Le manque à gagner pour le secteur du tourisme au cours de l’enquête démontre un chiffre de 3,9 milliards de F CFA pour 2016 et 2017 », renseigne Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo.

Tout comme les autres pays sus cités au Tchad, Aristide, Chercheur au cercle de réflexion et d’orientation sur la soutenabilité de l’économie tchadienne explique qu’il y a 3 phases dans l’avènement de l’insécurité au Tchad. Cela a commencé en 1975 avec un soulèvement dans le centre du pays. La première attaque terroriste au Tchad date du mois de mars 2015. Il a fallu attendre le 3 mars pour que la région du Lac subisse les attaques de Boko Haram. Le 15 juin 2015, c’était au tour de la capitale tchadienne elle-même qui est touchée avec un bilan de 38 morts et 101 blessés. Toujours en 2015, les attaques se sont multipliées surtout dans la région du Lac. Ce terrorisme change de visage par la suite car, avant, c’était les civiles qui étaient visés mais, maintenant ce sont les forces de l’ordre qui sont attaqués. La dernière attaque en date c’était le 21 mars 2019 où on a dénombré 23 militaires tchadiens tués. Cette insécurité a donc eu un effet, néfaste sur le plan économique.

Et à l’instar du Niger, les dépenses militaires du Tchad ont augmenté à partir de 2005 et 2006 jusqu’en 2011 au détriment des secteurs sociaux de bases comme l’éducation et la santé. Le secteur le plus touché du fait de la recrudescence du terrorisme, c’est l’élevage. Le PIB du Tchad est constitué de 15 à 20% de l’élevage et principalement l’exportation du bétail vers le Nigéria et le Cameroun. Avec l’avènement de Boko Haram les routes qui étaient beaucoup empruntées ne sont plus sécurisées. Avec la baisse de cette activité, le secteur de la micro-finance aussi a pris également un coup.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here