MINE D’OR DE YOUGA : Bras de fer explosif entre la Direction et les travailleurs

Située à la frontière du Ghana, à une trentaine de kilomètres du département de Zabré, la mine d’or de Youga de la société minière Burkina Mining Company (BMC), gérée par le groupe turc AVERSORO, vit une crise mettant aux prises l’administration minière et les travailleurs nationaux. L’administration a entrepris de réduire les effectifs du personnel pour, dit-on, diminuer les charges de fonctionnement. La stratégie trouvée est la rupture à grande échelle des contrats de travail. Une forme de licenciement massif concoctée en violation des textes, qui ne manque pas de faire des gorges chaudes. Plus grave, pendant que ces travailleurs sont forcés de plier bagage, l’on ouvre subtilement les portes de la société pour accueillir de nouveaux travailleurs expatriés visiblement venus pour se faire la main au pays des hommes intègres.

Une réduction de 15 % des effectifs de son personnel dans chaque département, c’est cette décision annoncée au cours d’une réunion des managers qui a mis le feu aux poudres. La rumeur a circulé et les travailleurs n’avaient pas imaginé l’application d’une telle mesure sans le préalable obligatoire de concertations et de négociations avec les différents délégués de personnel pour trouver des solutions idoines et gérer convenablement cette situation. C’était sans compter avec cette volonté osée et même affichée de la Direction de contourner les textes. Finalement, c’est par le départ acté d’un bon nombre de travailleurs sous des contrats à durée déterminée (CDD) que les représentants des travailleurs ont su que le train était déjà en marche et à grande vitesse. La société venait de faire de nouveaux recrutements d’expatriés de nationalité turque qui sont placés sous des contrats à durée indéterminée (CDI) alors que la plupart des contrats des nationaux sont des CDD.

La première stratégie trouvée a consisté à un non-renouvellement massif de contrats arrivés à terme. Plusieurs travailleurs sous CDD n’ont pas vu leur contrat renouvelé. Malgré les différentes interpellations et autres démarches des délégués de personnel, la Direction de la société va se réfugier derrière son droit de ne pas renouveler les contrats arrivés à terme. Selon elle, cette mesure serait seulement motivée par la diminution des charges de fonctionnement de la société. Toujours dans cette logique de diminution des charges et au même moment, la société s’en est prise aux retraités et aux personnes d’un certain âge, employées par la Mine pour leur expertise. La parade trouvée est leur mise à la retraite d’office.

A ce jour, environ 453 employés nationaux ont soit vu leur CDD arrivé à terme non renouvelé, soit mis à la retraite d’office. Pendant ce temps, la société persiste dans son entêtement à ne pas y voir de motif économique, et même à fermer les portes du dialogue aux partenaires sociaux. La preuve, le directeur des Ressources humaines, a rejeté la demande de rencontre avec les délégués de personnel, introduite le 16 mars 2019 pour discuter des nouvelles mesures. A en croire les témoignages concordants, l’on assiste à de nouveaux recrutements d’expatriés turcs avec des CDI. Ensuite, les dirigeants ont décidé de s’attaquer aux CDD en cours et même à des contrats à durée indéterminée. Récemment, l’on a assisté à la rupture des CDD toujours en cours dont les termes varient entre 1 à 11 mois. Selon nos sources, environ une centaine de travailleurs serait déjà touchée par ces mesures et le processus serait toujours en cours. Et pas plus tard que la semaine dernière, on a assisté à des ruptures des CDI. Pour ces derniers, la société motive sa décision par une réorganisation de la structure et promet de respecter la loi en la matière. Dans les jours et mois à venir, d’autres départs pourraient certainement être enregistrés. La tension est explosive en ce moment, il faut craindre le pire. Les autorités appelées au secours brillent par leur silence.

La préméditation d’une violation flagrante des textes

Au lieu d’engager des débats avec les travailleurs pour trouver des solutions idoines aux problèmes économiques qu’elle connait, la société s’entête à nier l’évidence et à vouloir contourner les textes. Dans une lettre adressée au Directeur régional du Travail et de la Protection sociale du Centre-Est, le Directeur général de BMC a fait savoir que sa société est sur le point de fermer pour des raisons économiques. Ces raisons sont la faiblesse du prix et de la teneur de l’or, et l’élévation des coûts de fonctionnement. On remarque aisément que les raisons avancées ne sont pas liées au salarié lui-même, mais sont bel et bien motivées par des difficultés économiques. De même, les notifications reçues par les mis à la retraite d’office font référence à l’article 97 du Code du travail et au décret n° 205-024/PRES/PM/MTE/MFB du 31 janvier 2005, ce qui finit de convaincre les plus sceptiques que c’est pour un motif économique que ces mises à la retraite d’office ont été effectuées.

En la matière, le droit positif burkinabè, notamment l’article 98 à 102, ainsi que les articles 103, 104, 105 et 106 du Code du travail, n’a-t-il pas prévu des mécanismes pour affronter ces difficultés afin de trouver des solutions ? Au lieu de suivre la procédure prévue par ces textes, la société préfère les contourner par des mises en scène dont les objectifs demeurent inavoués. Nous avons tenté de rencontrer les responsables pour avoir leur version des faits mais notre demande est restée sans suite.

L’optimisation fiscale en marche

Un petit regard sur la gestion et le fonctionnement de la société et l’on se pose toutes sortes de questions. Selon une source digne de foi, une société du nom de AVESORO basée en Turquie exécute tous les gros marchés de la Mine en matière de fournitures diverses de matériel. Les entreprises locales ne se contenteraient que des broutilles. Une société venue nouvellement de la Turquie va sous-traiter le garage et le service de la Mine. A ce que l’on dit, sur la mine de Youga, l’on trouve des maçons, des magasiniers, des ouvriers et même des serveurs de carburant qui sont des expatriés, notamment des Turcs. La plupart sont sans qualification et venus pour apprendre. Toute chose qui est contraire à l’esprit du Code minier.


Ils portent des armes de guerre au service

Dans un tel contexte, le climat du travail prend forcément un sérieux coup de dégradation. A cette vaste campagne de licenciements déguisés, bien d’autres situations compromettent encore plus l’ambiance et les relations entre les travailleurs et les premiers responsables de la Mine. Il s’agit, entre autres, des cas de port d’armes sur le site. En effet, les responsables de BMC et essentiellement les expatriés affichent de jour en jour des armes à leur ceinture. Ils n’hésitent pas à les exhiber pour qu’elles soient vues par les travailleurs. Non contents de porter de façon ostentatoire des armes sur le lieu de service, les expatriés se sont créé un champ de tirs sur le site de la Mine. Quel serait l’objectif de ce type de comportement ? Est-ce autorisé ? Dans tous les cas, ça sent le roussi et la situation pourrait tourner au vinaigre à n’importe quel moment.

Source : Le Reporter