Affaire Essakane : « qui du Président de la république, du premier ministre ou du ministre des mines et des carrières a reçu des pots de vin pour faciliter le pillage de nos richesses ? »

Affaire de déclassement de la forêt classée de Kua : « à ma compréhension de tout cela, on pourrait brûler la moitié de la population Burkinabè sans que cela n’interpelle ce gouvernement, tant qu’il ne sera pas menacé dans sa chaire et dans son fauteuil ».

L’individualisme et la quête effrénée d’un enrichissement personnel au détriment de la nation et de toute morale est le cancer qui tue aujourd’hui « le pays des hommes intègres ». Depuis un certain temps, l’actualité de ce pays nous laisse comprendre que nous vivons dans une anarchie généralisée, où un pillage national systématique est organisé par divers groupes au dépend la NATION, mais spécifiquement au dépend de sa couche la plus pauvre.

Allant de la fraude massive d’or et d’argent de la société IAMGOLD ESSAKANE S.A avec la complicité de nos autorités, à l’ineptie des syndicats voulant la suppression de l’impôt unique sur le traitement des salaires ( IUTS ) sur les primes et les indemnités, en passant par la construction d’un hôpital dans une forêt classée, l’on comprend aisément que le bien-être de la nation Burkinabè et de ses masses laborieuses n’est le souci d’aucun de ces groupes.

Cette histoire de tentative d’exportation frauduleuse d’or, que je nommerai l’AFFAIRE ESSAKANE à l’image des grands scandales étatiques, déguisée en exportation de déchets de charbon fin, vient prouver à quel point notre État n’a aucun mécanisme de vérification sur la quantité réelle de nos minerais que les entreprises minières exploitent. Même de manière officielle, qui certifie que la quantité d’or mentionnée sur les papiers est exactement cette quantité qui se trouve dans les conteneurs ? Qui certifie que les avions qui volent nuitamment des sites miniers ne font pas du trafic de nos richesses ? Qui vérifie que tous les conteneurs qui quittent les sites miniers ne contiennent que ce qui est mentionné sur le papier ?

Par ailleurs, dans cette affaire Essakane, qui n’est que la partie visible de l’iceberg, qui du Président de la république, du premier ministre ou du ministre des mines et des carrières a reçu des pots de vin pour faciliter le pillage de nos richesses ?

Comment un pays pauvre comme le nôtre, qui fait face à tant de défis dont l’insécurité, le chômage des jeunes, l’éducation, la santé, les infrastructures routières et ferroviaires, la modernisation de l’agriculture … ne fait pas de la lutte contre la corruption, la fraude et l’évasion fiscales son cheval de bataille ? Comment les dirigeants d’un pays qui est face à tant de défis peuvent être complices voire acteurs d’une pareille forfaiture ? Comment un pays qui peine à offrir un système de soins décents et un système éducatif efficient à son peuple peut se permettre de réduire son assiette fiscale ? Comment peut on accepter aujourd’hui qu’un petit groupe se partage, dans une complicité absolue, les richesses de ce pays au dépend de la grande masse des Burkinabè ? Cette attitude ne peut s’expliquer que par une connivence de ces différents acteurs pour détourner les avantages qu’offre ce pays à leur seul bénéficie.

En outre, que les syndicats demandent la suppression de l’IUTS est une manière d’encourager le détournement des biens. En effet,  » Même les États-Unis d’Amérique, pays riche et par excellence capitaliste, taxent les revenus des plus riches, et cela depuis le début du 20e siècle. Détrompez-vous, il ne s’agit pas d’une taxation de 10 ou 15%, mais de taxes qui peuvent s’élever jusqu’à plus de 35% du revenu à partir d’un certain montant. Par ailleurs, ce taux de 35% est le taux le plus faible de ces dernières années. Il fut des périodes où le taux maximal d’imposition était de 91% sous la présidence d’Eisenhower, de 72% sous Richard Nixon et de 50% au début du mandat de Ronald Reagan. En effet, cet impôt sur les revenus constitue aujourd’hui aux USA près de 50% des recettes fiscales perçus par le gouvernement…
L’imposition sur le revenu en France pouvait atteindre jusqu’à 45 % en 2017. Elle allait jusqu’à plus de 50 % des revenus les plus hauts en 2000 et en 2001. L’exemple le plus édifiant était des taxes à 75 % qui ont été prélevées en 2013 et en 2014 sur les très hauts revenus.  » (BURKINDI : Pour Une Révolution Nouvelle ; Page 69-71)

En ce qui concerne notre pays, les syndicats feront preuve de patriotisme en négociant une base non imposable afin d’épargner aux salariés les plus pauvres de subir les impôts. De même, pour la première tranche imposable, le taux de 10% pourrait être le maximum à ne pas dépasser. Cependant pour les revenus les plus élevés, la pression fiscale devrait pouvoir atteindre 50 à 75 % à partir d’une certaine tranche de revenu.

Au vu de la situation nationale, l’on peut dire que le gouvernement est le chef d’orchestre de cette anarchie nationale. Nous assistons au quotidien à des mouvements de grève parce que ce gouvernement est incapable de prendre des décisions courageuses et s’y contraindre.
En effet, au lendemain de la conférence nationale sur le système de rémunération des agents publics, qui s’est tenue du 12 au 14 juin 2018, il était de leur devoir d’appliquer les conclusions issues de cette conférence, en commençant par réduire le train de vie de l’État, en supprimant les institutions budgétivores à caractère inutile. Cela aurait permis au gouvernement de demander aux travailleurs de réduire leurs exigences.

Rappelons que les richesses de ce pays n’appartiennent point qu’à la génération actuelle des fonctionnaires de l’État. Elles appartiennent également aux paysans qui vivent dans le Faso profond mais également aux jeunes mendiants qui pullulent nos rues, sans parler des générations futures.
Comment comprendre l’entêtement d’un gouvernement à vouloir être autant anarchique ! Je parle là de la construction d’un hôpital dans une forêt classée sans avoir pris la peine de respecter les procédures édictées par des lois et des décrets en la matière. Comment un gouvernement peut s’extasier en foulant à ses pieds nos textes de lois. En effet notre constitution en son article 29 dit ceci : « Le droit à un environnement sain est reconnu ; la protection, la défense et la promotion de l’environnement sont un devoir pour tous. » Si notre propre gouvernement n’est pas à mesure de protéger notre environnement, comment peut-il imposer cela aux sociétés minières qui détruisent et polluent notre environnement ? N’est-il pas plus judicieux de simplement changer le site d’implantation de cet hôpital afin d’éviter quelque remous social que ce soit, afin d’éviter d’augmenter l’anarchie nationale ? Ou y’a-t-il des ressources naturelles que certains veulent également piller ?

Cet anarchie nationale explique tous les maux ( le terrorisme, le grand banditisme, le désœuvrement, l’état désastreux de notre système éducatif et de notre système de soins, l’incivisme, la disparition de l’autorité de l’État, l’intolérance …) que vit le peuple Burkinabè. Et à ma compréhension de tout cela, on pourrait brûler la moitié de la population Burkinabè sans que cela n’interpelle ce gouvernement, tant qu’il ne sera pas menacé dans sa chaire et dans son fauteuil.

Aujourd’hui nous n’avons d’autre choix qu’un sursaut patriotique. Des hommes et des femmes courageux qui aiment profondément ce pays et son peuple et qui oseront s’engager vertueusement pour l’intérêt supérieur de la nation. Des hommes et des femmes qui s’investiront à établir la justice et l’équité sociales.

Dr Arouna Louré