Alassane Ouédraogo, directeur des Guichets uniques du commerce et de l’investissement : « Le riz importé n’est pas de mauvaise qualité »

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L’affaire a fait grand bruit au bord de la Lagune Ebrié. 18 000 tonnes de riz avarié ont été saisies. Le 16 avril 2019, le ministère du Commerce ivoirien annonçait l’incinération de la cargaison et les sanctions administratives contre le fournisseur et l’acheteur. Quelle est la qualité du riz importé que nous consommons au Burkina ? Quel est le processus d’importation du riz ? Nous avons rencontré des acteurs du domaine pour avoir le cœur net. Il ressort que le riz importé est de bonne qualité même si en la matière il ne manque pas de brebis galeuses.

Que de stéréotypes collés au riz importé. C’est un vieux de 10 ou 15 ans. C’est un riz qui ne cuit pas souvent bien. D’autres ont même poussé l’outrecuidance jusqu’à soutenir qu’il y a du riz en plastique. Tout récemment encore, à l’occasion de la Journée nationale du paysan, tenue du 25 au 27 avril 2019 à Gaoua, le président de la Confédération paysanne du Faso, Bassiaka Dao, a remonté les bretelles du président du Faso, car le riz utilisé pour le diner offert par Roch Marc Christian Kaboré , était importé.

Face encore au scandale qu’il y a eu en Côte d’Ivoire, à propos de la belle prise de 18 000 tonnes de riz impropre à la consommation humaine et animale, on est en droit de douter de la qualité du riz importé. La production locale du riz, estimée à seulement 200 000 tonnes ne satisfait guère la demande nationale évaluée à 600 000 tonnes l’année. Pour Alassane Ouédraogo, directeur des Guichets uniques du commerce et de l’investissement, le riz importé n’est pas de mauvaise qualité car le processus d’importation répond à des conditions qui garantissent de sa qualité.

Le processus d’importation du riz

Tout importateur de riz doit être muni de la déclaration préalable d’importation. « Les opérations d’importations et d’exportations sont régies par la loi n°12 portant régime général des importations et des exportations qui a été adopté le 7 mai 2013. Elle donne les grandes orientations en matière de politique d’importation et d’exportation au niveau national. Son décret d’application a été adopté en 2018 », a rappelé Alassane Ouédraogo. Si l’importation de tout produit non prohibé est libre au Burkina, elle répond à quelques conditions. Le certificat phytosanitaire du pays d’origine, le certificat de contrôle de qualité du pays d’origine, la facture pro-forma et autres documents administratifs tels que le numéro IFU de l’importateur, l’attestation de situation fiscale sont les documents exigés avant la délivrance de la déclaration préalable d’importation. Lorsque ces dossiers sont réunis, l’entreprise soumissionne au niveau de la société SYLVIE, une plateforme qui permet de traiter électroniquement les dossiers qui sont envoyés au guichet unique. Une fois les dossiers traités, ils sont renvoyés à la plateforme SYLVIE. « Cela s’inscrit dans le cadre de l’amélioration du climat des affaires. Il réduit le temps et les coûts, mais aussi évite le contact avec l’usager et l’administration », se réjouit Alassane Ouédraogo.  Si les documents attestent de la bonne qualité du produit, la déclaration préalable d’importation est délivrée et constitue un quitus de l’administration.

Deux contrôles au niveau du Laboratoire national de santé publique

Une fois que la marchandise arrive au service des douanes, le Laboratoire national de santé publique fait un prélèvement et délivre un certificat provisoire de qualité. Celui-ci permet de procéder au dédouanement de la marchandise. En principe, une fois que la marchandise est dédouanée, a relevé le directeur des Guichets uniques du commerce et de l’investissement, elle est dirigée vers les magasins de la société en question et le Laboratoire continue les analyses pour délivrer le certificat de contrôle de qualité définitif. Si le certificat atteste que le produit est de bonne qualité, il peut être mis sur le marché.  Si le produit n’est pas bon, la direction générale du contrôle et de la répression de la fraude procède à son incinération. « Il y a aussi le paiement des amendes qui vont de 500 000 à 500 millions. Il y a d’autres sanctions qui peuvent s’ajouter. Il y a des sanctions administratives et pénales », a précisé Alassane Ouédraogo. « Le riz est importé n’est pas de mauvaise qualité », a-t-il coupé tout court.

« L’âge du riz que nous importons est compris entre 1 et 3 ans », Dieu-donné G.  Zougouri, responsable de la Logistique à Kanis Commodities

Selon le directeur des Guichets uniques du commerce et de l’investissement, le Burkina compte aujourd’hui une cinquantaine d’importateurs réguliers de riz. Parmi eux, l’un des leaders, Kanis Commodities de l’opérateur économique, Inoussa Kanazoé, a une méthode qui garantit de la qualité du produit importé selon le responsable de la Logistique, Dieu-donné G.  Zougouri. « J’ai été surpris un jour d’entendre que le riz importé au Burkina peut être vieux de 10 ou 15 ans. En ce qui concerne Kanis commodities, l’âge du riz est compris entre 1 et 3 ans », a-t-il coupé court aux rumeurs avant d’expliquer le processus d’importation de la société leader. Selon le responsable de la logistique, c’est la rigueur dans le processus qui garantit la qualité du riz. « Nous sommes très regardants avec nos fournisseurs dans la signature de nos contrats. L’importateur est libre d’acheter le riz au port de chargement ou au port de déchargement. Certains fournisseurs qui n’ont pas a priori de débouchés approchent leurs marchandises aux  consommateurs au port d’Abidjan ou de Lomé. Quand c’est le cas, vous ne pouvez que vous contentez de la documentation qu’ils vous présentent. Pour nous démarquer de tout cela, nous avons préféré créer nos propres marques qui sont déposées et brevetées à l’OAPI.  C’est difficile pour nous alors d’acheter le produit qui se trouve au port d’Abidjan ou de Lomé. Nous nous rendons aux champs de récolte pour conditionner le produit et le ramener au Burkina. Nous faisons par conséquent appel à de l’expertise. Ce qui nous permet de dire que nos produits ne dépassent guère 3 ans », est-il formel. « Une fois que le produit est chargé, nous avons tous les certificats phytosanitaires qui l’accompagnent. Si le navire arrive au port de déchargement, il y a encore des experts qui vont se rassurer que les cales n’ont pas été ouverts et qui vont assister au déchargement. S’il y a un lot qui est un peu mouillé, il est mis de côté. Comme nous sommes assurés, nous sommes dédommagés. Et ce sont les sacs sains qui entrent dans le territoire national », foi de Dieu-donné G.  Zougouri. Selon lui, seuls le laxisme et la négligence peuvent expliquer que le riz de certains importateurs soit de mauvaise qualité.  « Si le navire dure au niveau de la mer et que l’équipage n’a pas aéré, quelques sacs peuvent être touchés. Certains importateurs affrètent aussi de vieux navires. L’état du navire peut affecter le riz. Si le riz est en contact direct avec les parois du navire, la qualité peut être touchée. Si en cas de pluie, les cales ne sont pas bien fermées, le riz peut être mouillé », a-t-il précisé.  

La Birmanie et la Thaïlande , principaux fournisseurs du Burkina

La plupart du riz importé au Burkina provient de deux pays. La Birmanie et la Thaïlande. Le  riz 25% brisure qui est le plus consommé des Burkinabè vient de la Birmanie. L’Etat a encadré la commercialisation de ce riz. Le prix du sac de 50 kg ne doit guère dépasser 16 000 F CFA. Il y a aussi le riz haut de gamme, 50% brisure qui provient de la Thaïlande. En fin, il y a  le riz de luxe, grade A qui 100% brisure, parfumé. Il provient des Etats-Unis , de la France, de la Thaïlande.

97 tonnes de riz avariés incinérés à Ouaga

L’affaire n’a pas fait grand bruit. 97 tonnes d’un importateur de riz ont été déclarées impropres à la consommation. Grâce à la vigilance des services du Laboratoire national de santé publique et de la Ligue des consommateurs du Burkina, le produit a été saisi et brûlé par la direction générale du contrôle et de la répression de la fraude. Un cas qui rappelle qu’il faut sans cesse la vigilance dans un domaine où les marques ont pignon sur rue.

Par Nestor Ouédraogo

La Lettre du Faso

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