Introduction de moustiques génétiquement modifiés au Burkina : « c’est… un saut vers l’inconnu avec des conséquences sanitaires et environnementales désastreuses », Jean Didier Zongo, généticien à l’Université Ouaga1 pr Joseph Ki-Zerbo

0
373
Jean Didier Zongo, professeur titulaire de génétique à l’Université Ouaga1 Pr Joseph Ki-Zerbo à la retraite

Depuis quelque temps déjà, le Burkina Faso s’est embarqué dans une aventure de moustiques génétiquement modifiés. Selon le projet, cela permettra de lutter contre le paludisme qui tue des millions de personnes à travers le monde et surtout en Afrique. Mais pour le Collectif citoyen pour l’Agro-écologie, « l’objectif ultime de Target Malaria est de disséminer volontairement des moustiques issus du « Forçage génétique », dans le but de réduire la population de moustiques Anophèles gambiae, qui peuvent transmettre le parasite vecteur du paludisme ». En marge de la marche, qu’il a organisée, le 2 juin dernier, nous avons eu un  entretien  avec Jean Didier Zongo, professeur titulaire de génétique à l’Université Ouaga1  Pr Joseph Ki-Zerbo  à la retraite sur la question. Lisez plutôt.

Professeur quelle est votre lecture  des OGM ?

Pour nous,  les OGM sont des produits obtenus à partir de la manipulation des
gènes c’est-à-dire l’essence même de la vie. Ce sont des produits artificiels qui
n’auraient jamais pu exister si l’homme ne les avaient pas créés .Il est donc clair que dans tous les cas, un OGM est un organisme vivant dont on a bricolé  le caractère pour en faire une arme non maitrisable.Il faut dire que les OGM sont aujourd’hui un fait qui pose beaucoup de problème. Déjà quand c’est hors de l’agriculture, on peut y penser. Mais quand cela concerne l’agriculture et concerne aussi des plantes que l’on va consommer cela pose problème parce que l’on ne connait pas les conséquences que cela peut avoir à long terme. Par exemple cela fait déjà des années que nous consommons l’huile BT c’est-à-dire l’huile issue du coton Bt. Qu’est-ce que cela peut avoir comme conséquence, on ne le verra qu’avec le temps. Quand on pense par exemple au niébé c’est pareil, mais il faut ajouter que là, le citoyen va consommer avec tout l’organisme génétiquement modifié. Quel va être les conséquences ? Ce qui est sûr, c’est que cela sera néfaste.

Pensez-vous que l’introduction du coton Bt arrangerait, le cotonculteur burkinabè, puisque le débat de son introduction revient encore sur la table ?

Il n’y a pas de retour de débat, parce que les officiels même disent que l’on ne reviendra pas au coton Bt. Ceux qui parlent encore de cela, sont des agitateurs, qui sont au service de certaines organisations, qui veulent réveiller le débat. Mais il faut  savoir que l’on ne reviendra pas sur cela pour la simple raison que sur le plan économique, il est avéré que cela a un impact néfaste. Hors c’est ce qui importe.  Pour les multinationales, c’est que économiquement la culture du coton Bt rapporte quelque chose, mais quand c’est l’effet contraire, alors eux, ils ne reviendront pas.

Un mot sur le niébé Bt qui n’est pas dans les champs pour le moment, mais que son introduction en plein champ est en perspective ?

Le niébé Bt pose un problème plus grave parce que là, nous consommons toute la plante. Du même coup nous consommons l’OGM intégralement. Et  les conséquences seront négatives sur la santé nous en sommes sûrs.

Le débat le plus en vogue dans cette question d’OGM, c’est celle des moustiques  génétiquement modifiés .Un commentaire.

Quand vous repartez d’abord dans la bibliographie, vous retrouverez qu’on ne les appelle pas moustiques génétiquement modifiés parce que ce n’est pas la même technique de production que les OGM. Quand on parle de l’introduire, il faut dire que même ceux qui travaillent sur le projet, disent que ce sont des dépenses énormes avec un résultat négligeable. Je ne sais pas pourquoi, l’Etat burkinabè se lance dedans. On va dépenser des sommes faramineuses pour un résultat incertain. Autant prendre cet argent introduire dans les méthodes classiques de lutte contre le paludisme, on aura certainement des résultats meilleurs.

Selon vous quelles sont  les  conséquences de l’introduction de ce moustique à court, moyen et long termes ?

Par exemple sur la santé des populations, on ne le sait pas exactement. Mais s’agissant de la nature, cela pose des problèmes. Vous allez éliminer une race de moustiques et savez-vous ce qui va remplacer cela ? Dans ces expériences, on attaque une des trois espèces des moustiques. On libère du coup la place pour le moustique Tigre,celui qui nous apporte la dingue. Pensez-vous que la dingue à des conséquences moins néfastes que le paludisme ? Cela pose de sérieux problème parce que l’on ne sait pas au point de vue santé ce que cette opération va engendrer comme problème parce que le moustique va être modifié. Il va apporter quelque chose de nouveau. On ne sait pas comment l’homme va supporter cela. En plus le moustique va disparaitre et il faut savoir qu’il va être nécessairement remplacé par autre chose qui peut être néfaste. C’est une aberration, et un saut vers l’inconnu avec des conséquences sanitaires et environnementales désastreuses :  Qui nous rassure qu’en modifiant le génome du moustique son organisme ne pourra pas désormais héberger des virus ou d’autres maladies plus mortelles que le paludisme ?

Mais il semblerait que ces moustiques relâchés après une certaine période seront par la suite capturés

Vous y croyez-vous à cela ? Je ne pense que cela est possible  parce que nullement ailleurs je n’ai entendu cela. Je ne pense pas aussi que le gouvernement ait communiqué sur cela. Je n’ose pas croire qu’il y croit parce cela à l’air plus utopique.