Implication des frères Compaoré dans les crimes de sang au Burkina «  Pour un président qui après avoir dirigé durant 27 ans un pays change de nationalité pour se soustraire de la justice de ce pays, c’est vraiment à son honneur » « En termes de nuisibilité c’est déjà fait »

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Il y a quelques jours le frère cadet de Blaise Compaoré, François Compaoré a été arrêté en France. Il a été remis en liberté conditionnelle sous le contrôle judiciaire pour l’examen d’une éventuelle extradition. Il est poursuivi dans le cadre de l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo. Assassiné le 13 décembre 1998 dans les encablures de Sapouy, localité située à une 30 trentaine de Kilomètres de la capitale burkinabè. Le président du Burkina Faso, Roch Marc Christian Kaboré était l’invité de l’émission « Internationale » de TV5, RFI et le journal LE MONDE du dimanche 5 novembre 2017. Un entretien au cours duquel il a donné son point de vue par rapport à l’interpellation du frère cadet de Blaise Compaoré. Aussi il a été question de Blaise Compaoré et des soupçons de son implication dans l’assassinat de Thomas Sankara. Assassinat il y a de cela 30 ans au-delà du soupçon autour de Blaise Compaoré un juge vient de demander à Paris la levée du secret-défense afin de déterminer le rôle de la France. Pour Roch Marc Christian Kaboré, « cela serait une preuve de bonne foi quant à la manifestation de la vérité ». Lisez plutôt

En 2014 sous l’insurrection la France avait exfiltré François Compaoré et son grand frère Blaise. Qu’est-ce que vous dites aujourd’hui sur cette extradition ? Certes que c’est une affaire de justice mais est-ce que vous pouvez peser ?
Je dirais que difficilement je peux peser parce que c’est une affaire de justice. Mais en tout état de cause pour ma part je considère que j’ai une grande victoire que le mandat d’arrêt ait connu son exécution sur le sol français. Le second aspect est que dès le lendemain nous avons envoyé une demande d’extradition qui a été portée au ministère des Affaires étrangères. Une longue procédure va s’engager entre l’Etat burkinabè et François Compaoré et ses avocats. Pour nous et pour le peuple burkinabè, le souhait est que le tribunal puisse extrader François Compaoré au Burkina Faso pour qu’il vienne répondre de ce qui lui est reproché. Pour tout Burkinabè que nous sommes nous avons un devoir de redevabilité et nous devons répondre de nos actes devant la justice burkinabè.

Il peut être un obstacle qui est le fait que la France qui a aboli la peine de mort en principe n’extrade vers les pays où la peine de mort est toujours en vigueur. Est-ce que cela pourra être un obstacle au retour de François au Burkina Faso ?
Je voudrais dire que vous pouvez regarder dans l’histoire du Burkina Faso, il y a plus d’une vingtaine d’années personne n’a été exécuté de suite d’un jugement. Deuxièmement nous sommes signataires du moratoire sur la peine de mort. Je voudrais simplement dire que pour ma part cela ne pourrait pas être un grand obstacle et nous travaillons également à voir comment au niveau de nos avocats, comment défendre notre cause en la matière. Je voudrais simplement vous rassurer que la peine de mort même si elle est dans nos textes n’est pas appliqué au Burkina Faso.

Monsieur le président est-ce que vous n’êtes pas dans une situation un peu plus compliqué ayant eu des hautes responsabilités sous l’ancien régime et aujourd’hui réclamant le renouveau et la volonté de justice comment pouvez-vous être à la fois comptable du passé et l’incarnation d’une rupture avec ce passé ?
Il faudrait préciser que les délits sur lesquels ils sont poursuivis sont des crimes de sang. D’un côté François Compaoré poursuivi dans l’affaire Norbert Zongo et de l’autre côté Blaise Compaoré dans l’affaire Thomas Sankara. Je pense que de ce point de vue en tant que citoyen j’ai assumé mes responsabilité aussi bien au niveau gouvernemental qu’au niveau législatif. Comme je l’ai dit comme tous les autres fois si j’ai des casseroles quelque part je répondrais devant la justice, mais je ne chercherais pas à me soustraire de la justice en quittant le pays. C’est le code d’honneur que chaque responsable de ce pays doit avoir.

Blaise Compaoré, ancien président du Burkina

Est-ce que vous avez espoir que Blaise Compaoré revienne à un moment où un autre au pays ayant obtenu la nationalité ivoirienne ? Est-ce que vous essayez de peser auprès des autorités ivoiriennes afin qu’il rentre au pays pour répondre devant la justice ?
Je trouve que pour un président qui après avoir dirigé durant 27 ans un pays change de nationalité pour se soustraire de la justice de ce pays, c’est vraiment à son honneur. Je dis aussi que tout chef d’Etat qui est appelé devant la justice doit venir répondre. C’est pour cela lorsqu’on nous dit Blaise Compaoré veut rentrer ou va rentrer, nous disons qu’il peut rentrer et venir se présenter à la justice. Et comme certain notamment l’ex-premier Luc Adolphe Tiao qui était à Abidjan est rentré pour se soumettre à la Haute cour de Justice.
Est-ce que Blaise de là où il est peut encore nuire à votre pouvoir ?
En termes de nuisibilité c’est déjà fait. Les éléments et informations montrent un certain nombre d’implications dans un certain nombre de situations que nous vivons aujourd’hui.

Vous parlez de Blaise Compaoré et des soupçons de son implication dans l’assassinat de Thomas Sankara. Assassinat il y a de cela 30 ans au-delà du soupçon autour de Blaise Compaoré un juge vient de demander à Paris la levée du secret-défense afin de déterminer le rôle de la France. Est-ce important pour vous que Paris lève le secret-défense
Je pense se serait une bonne chose, cela serait une preuve de bonne foi quant à la manifestation de la vérité.
Quelle est votre conviction parce que vous avez suivi Blaise Compaoré quand il est arrivé au pouvoir, vous êtes devenu un de ces ministres très rapidement. Vous avez peut-être une perception du rôle que la France a pu jouer.
Je préfère que nous régler ces questions parce que les impressions sont toujours des sujets à caution. Les choses sont en cours et le dossier évolue, il y a eu des inculpations qui ont été faites. C’est un dossier qui va connaitre très rapidement un dénouement.

Est-ce politiquement vous vous considérez comme un héritier de Sankara ? Est-ce vous avez l’impression d’appliquer son programme ?
Loin de moi l’idée de pouvoir être l’héritier de cette grange légende du Burkina Faso qui comme je l’ai dit a réhabilité l’honneur du Burkina Faso. Qui a permis de restaurer la dignité, l’ardeur au travail. Même si l’on doit reconnaitre que 27 ans après ces valeurs ont connu une certaine faiblesse qu’il faut réveiller. Il faut travailler à mettre le peuple au travail. Que chaque Burkinabè sache que c’est lui-même qui contribue au développement du Burkina. C’est cela le fondamental. Mais malheureusement aujourd’hui, on s’occupe beaucoup d’intérêts particuliers que d’intérêt collectif. C’est l’un des défauts sur lequel il faut continuer à travailler pour l’ensemble des Burkinabè, travailler ensemble dans le développement du Burkina.
Comment expliquez-vous le fait que Thomas Sankara garde une telle empreinte parmi la population burkinabè. Aussi est-ce une sorte de défiance parmi les élites d’aujourd’hui ?
La pensée de Thomas Sankara doit traverser des âges parce que c’est normal. Il a défendu des causes qui sont tout à fait justes dans un contexte difficile pour lui. Tous les débats que nous avons autour de l’indépendance économique de l’Afrique, autour de la nécessité que l’Afrique se solidifie ce sont des points de vie qu’il a développés comme ses prédécesseurs Kwamé N’Kruma, Patrice Lumumba etc. Thomas Sankara c’est l’icône de génération actuelle.